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12 septembre 2019
Le gaz naturel liquéfié, un allié de l’industrie maritime dans la lutte contre les GES

Le transport maritime représente la colonne vertébrale du commerce mondial.

Et, au cours des prochaines décennies, le gaz naturel liquéfié (GNL) jouera un rôle clé afin de diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) émis par cette industrie.

Selon l’Organisation maritime internationale (OMI), l’institution des Nations Unies chargée d'établir des normes pour la sécurité, la sûreté et la performance environnementale des transports maritimes internationaux, plus de 90% de l’ensemble des marchandises actuellement consommées sur la planète ont été transportées par bateau à un moment ou un autre de son parcours vers les consommateurs.

Les données de l’OMI démontrent que le transport maritime est actuellement responsable de 2,5 % des émissions totales de gaz à effet de serre (GES) à l’échelle mondiale, avec des émissions de près de 940 millions de tonnes de CO2 par année(1).

Le trafic maritime, qui repose encore presque exclusivement sur l’utilisation du mazout, est aussi responsable d’émissions massives d’oxyde de souffre, un polluant important de l’air, qui, selon les prédictions de l’OMI, sera responsable de plus de 570 000 décès prématurés dans le monde entre 2020 et 2025 (2).

Or, avec l’augmentation du commerce mondial, le transport par navires est appelé à continuer à croître. L’OMI évalue ainsi que si la tendance actuelle se poursuit et que le mazout demeure la source principale d’énergie employée par cette industrie, les émissions de GES issues du transport maritime pourraient augmenter de 50% à 250% par rapport aux émissions actuelles d’ici à 2050, et ce sans compter les impacts accrus du souffre sur la santé mondiale (3).

Le GNL en appui

Devant ce constat, les pays membres de l’OMI ont décidé, en avril 2018, de s’attaquer au problème. Près de 50 pays, dont le Canada, se sont engagés via une déclaration de principe à travailler concrètement à diminuer les émissions de GES de l’industrie maritime.

Parmi ces mesures figurent la limitation de la vitesse des navires, l’amélioration des équipements, un meilleur entretien de ceux-ci et l’emploi de carburant émettant moins de CO2, comme le gaz naturel liquéfié, dont l’utilisation émet 30% moins de GES que le mazout.

En matière de lutte contre les émissions de d’oxyde de soufre (SOx), l’OMI a décidé d’imposer, à compter de 2020, des normes très sévères encadrant la quantité de cette matière dans le mazout (4)

Dans cette perspective, une étude rigoureuse menée par plusieurs organismes européens liés à la navigation a conclu qu'utiliser le GNL serait le meilleur outil permettant à la marine marchande internationale de répondre aux exigences décrétées à compter de 2020 (5).

Puisque le GNL n’émet aucune particule des souffre, cette source d’énergie est explicitement identifiée comme une solution de rechange pertinente par l’OMI. Dans une chronique publiée en juillet 2019 dans Le Quotidien, le professeur Claude Villeneuve, titulaire de la Chaire en éco-conseil de l’UQAC explique lui aussi le recours au GNL, parmi d’autres initiatives, afin de réduire les émissions de GES générées par le transport maritime (6).

Ainsi, autant sur le plan de la lutte contre les GES qu’en matière de réduction des émissions de SOx, le GNL est une énergie de choix dont l’utilisation ne fera que croître au sein de l’industrie mondiale du transport maritime. Il n’est donc pas étonnant que de nombreux ports d’envergure à travers le monde offrent désormais la possibilité aux armateurs d’y faire le plein de GNL. C’est d’ailleurs le cas au Port de Montréal(7).

Même le WWF veut du GNL!

Même le Fonds mondial pour la nature, le WWF, réclame du GNL en raison de ses atouts environnementaux indéniables comme carburant pour la navigation, particulièrement dans des milieux délicats comme l’Articque !

Dans une étude intitulée « Fuel Alternatives for Arctic Shipping », l’organisme concluait que l’utilisation de GNL permettrait de réduire considérablement tous les polluants, de 85 à 97 % et réduirait substantielle les émissions de GES du transport maritime, entre 15 et 25%. De plus, le GNL est beaucoup plus sécuritaire en termes de risques de dommages environnementaux en cas de déversement, car le GNL s’évapore presque instantanément dans l’atmosphère.

Le WWF a, en conséquence, demandé aux organismes comme l’Organisation maritime internationale (OMI) de modifier les règles pour les navires exploités dans les eaux polaires (Code polaire) afin de tenir compte de ces réalités.

« L’OMI interdit déjà l’utilisation et le transport de mazout lourd dans les eaux de l’Antarctique, et la Norvège a fait de même dans certains secteurs désignés au large de ses côtes. Le Comité d’experts sur la sécurité des navires-citernes de Transports Canada a récemment mis en lumière ce problème, attirant particulièrement l’attention sur les risques d’utilisation et de transport du mazout lourd dans les eaux de l’Arctique. Nous espérons que la prochaine édition du Code polaire proposera l’élimination progressive et l’interdiction éventuelle des navires propulsés au mazout dans l’Arctique, Pour l’instant, nous demandons aux gouvernements et à l’industrie de prendre en compte la nature avant tout et de faire les bons choix pour la protection de l’environnement arctique, indiquait le WWF(8).

Des exemples concrets… au Québec !

Effectivement, nul besoin d’aller loin pour trouver des exemples concrets de l’utilisation du gaz naturel liquéfié au sein du transport maritime.

Ici-même, au Québec, le GNL est déjà employé. En 2015, la Société des traversiers du Québec (STQ) a pris livraison d’un premier navire alimenté au GNL. Deux autres sont depuis entrés en service(9). La photo qui illustre ce blogue, issue de la Société des traversiers du Québec, est l’un de ces navires, le NM Jos-Dêchesnes II.

Pour justifier son choix technologique, la STQ rappelle que le GNL émet moins de GES, est sécuritaire en cas de fuite et permet une excellente efficacité énergétique. De son côté, l’armateur québécois Groupe Desgagnés, basé à Québec, possède depuis le mois de juin 2018 5 navires pouvant être alimentés au GNL, une approche qui permet à la compagnie de réduire ses émissions de GES de manière notable (10).

Et ailleurs dans le monde

Des exemples similaires abondent ailleurs sur la planète, que ce soit en Italie (11) ou encore en Russie, de plus en plus de navires alimentés au GNL prennent la mer (12).

En Finlande, la compagnie forestière UPM vient de passer une importante commande de sept cargos alimentés au GNL, une façon concrète, pour l’entreprise, de réduire ses émissions de GES et de particules polluantes(13).

L’industrie internationale des croisières prend aussi le virage vers les navires propulsés au GNL. En 2018, la société allemande AIDA Cruise a pris livraison du tout premier navire au GNL conçus pour cette industrie (14).

La célèbre ligne de croisières Disney Cruise a aussi emboîté le pas. La compagnie, qui a commandé trois navires alimentés au GNL en 2016 et 2017, a confirmé il y a quelques jours que le premier bâtiment de la série entrera en service en 2021 et portera le nom de Wish.

Dans une perspective de transition énergétique accélérée, le gaz naturel et le GNL sont donc clairement appelés à jouer un rôle crucial dans la lutte contre les GES et la pollution de l’air, et ce dans différents secteurs d’activités névralgiques à travers le monde.

 

 

 

SOURCES 
1-https://ec.europa.eu/clima/policies/transport/shipping_en
2- http://www.imo.org/fr/MediaCentre/HotTopics/Pages/Sulphur-2020.aspx
3-https://ec.europa.eu/clima/policies/transport/shipping_en
4-http://www.imo.org/fr/MediaCentre/HotTopics/Pages/Sulphur-2020.aspx.
5-https://www.rivieramm.com/news-content-hub/lng-as-fuel-outperforms-scrubbers-says-study-55536?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=LNG%20World%20Shipping%20Newsletter
6-https://www.lequotidien.com/chroniques/claude-villeneuve/hissez-les-voiles-bc8e01f10697ee12eb385d076cc54bbf
7-https://www.port-montreal.com/fr/gaz-metro-fr.html 
8-http://www.wwf.ca/newsroom/?17701/Une-etude-du-WWF-demontre-la-necessite-dabandonner-le-
9-https://www.traversiers.com/fr/a-propos-de-la-societe/gaz-naturel-liquefie/
10-https://www.newswire.ca/fr/news-releases/une-autre-premiere-mondiale-en-transport-durable--desgagnes-baptise-le-nc-mia-desgagnes---premier-petrolier-chimiquier-de-classe-polaire-a-bicarburation-679997003.html
11-https://www.lngworldnews.com/italian-ferry-with-man-cryo-lng-fuel-system-starts-service/?utm_source=emark&utm_medium=email&utm_campaign=daily-update-lng-world-news-2019-04-05&uid=57705
12-https://www.lngworldnews.com/sovcomflots-crude-oil-tanker-completes-1st-commercial-voyage-on-lng-fuel/?utm_source=emark&utm_medium=email&utm_campaign=daily-update-lng-world-news-2018-10-25&uid=57705
13-https://www.lngworldnews.com/spliethoff-to-build-seven-lng-fuelled-vessels-for-upm-charter/?utm_source=emark&utm_medium=email&utm_campaign=daily-update-lng-world-news-2019-08-28&uid=57705
14-https://worldmaritimenews.com/archives/259237/video-worlds-1st-lng-powered-cruise-ship-sees-the-light-of-day/
Source photo : https://www.traversiers.com/fr/a-propos-de-la-societe/nos-navires/nm-jos-deschenes-ii/